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Allô, Maman, Bobo | Duncan

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Rappeltou
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MessageSujet: Allô, Maman, Bobo | Duncan Mar 6 Nov - 18:47
Lundi 13 Septembre


« Vous n'êtes pas assez concentré Gibbins ! » râle le professeur MacFusty d'un ton sec. L'élève de Serpentard pince les lèvres, grommelant quelque chose à propos d'un professeur tyrannique. Pas de chance pour lui, ce laps de temps est suffisant pour que la blondinette écossaise en profite pour lui lancer un sort et le faire tomber sur le sol.
Et Nicolas de se plaindre de plus belle que, de toute façon, les sorts informulés ne servent à rien.
En attendant Alexandre l'enjambe et retourne surveiller sa classe. Il donne un conseil à une Serdaigle, reprend à l'ordre un Gryffondor un peu trop turbulent, encourage un Poufsouffle qui a toutes les difficultés du monde à produire un sort. Puis, lorsqu'enfin l'heure se termine, l'homme frappe dans ses mains et libère les adolescents pour qu'ils aillent déjeuner.
Voici la fin d'une journée de cours pour lui, qui n'enseigne pas le lundi après-midi. D'ailleurs, chose rare, il n'a pas prévu de se pencher sur des cours, pendant ces quelques heures, mais plus de bouquiner un peu, tranquillement, dans son bureau, et éventuellement de s'acharner sur de la paperasse administrative.

Rien de bien fatiguant, rien de bien demandeur. Un peu de repos ne lui ferait pas de mal.
Du moins était-ce là ce qu'il pensait. Le repas se déroule sans heurt, alors que, dans son silence coutumier, il observe la grande salle et écoute avec attention les conversations autour de lui. Il mange avec appétit, guette les allées et venues des adolescents jusqu'à ce que les cours ne recommencent. Alors se lève-t-il, salue-t-il ses collègues et amis, et retourne dans sa salle de classe, qu'il traverse pour accéder à son bureau.
Il est déjà difficile de traverser la pièce de travail, tant le bordelisme de l'enseignant a déjà frappé. Mais il y parvient, attrape un livre, et se laisse tomber dans son fauteuil pour commencer sa lecture.
Il n'a pas lu une vingtaine de pages que quelqu'un frappe à la porte. L'homme lève les yeux, guette l'heure, ôte ses pieds du bureau en se demandant quel élève pouvait bien venir le voir à cet instant.
« Entrez? »
Mais ce n'est pas un élève qui franchit le pas de la porte. Au contraire. Alexandre marque sa page et ferme précipitamment l'ouvrage avant de se lever lorsqu'il reconnaît Elizabeth Johnson, la directrice. Elle n'a pas l'air joyeuse, au contraire, avec son air grave et nettement mal à l'aise. Elle semblait être sur le point d'annoncer quelque chose qui n'avait rien de très plaisant, et pour le coup, il fronce les sourcils.
Il n'aimait pas ça.
« Mrs Donoghue vient d'être transférée à Ste Mangouste. Elle a fait un malaise et notre infirmière a trouvé plus sage de la faire transférer. » annonce-t-elle. « Votre fils n'a pas encore été mis au courant. Il me semblait approprié que vous vous en chargiez. »
Et évidemment, qu'il soit dans les premiers au courant, ce qu'elle ne disait pas mais qu'Alexandre comprenait dans les sous-entendus. Déjà en son statut de directeur-adjoint, mais surtout parce que la jeune femme et lui étaient proches. Très proches. Du moins l'avaient-ils été suffisamment pour faire un enfant ensemble. Sa collègue n'a pas assez d'informations pour lui donner des détails sur l'état de santé de Leelou, mais suffisamment pour éveiller l'inquiétude.

Alexandre n'attend pas vraiment, hoche la tête, remercie sa supérieure et file dans les couloirs. À cette heure, les quatrième année étaient en Sortilèges & Enchantements. Ça n'allait pas faire plaisir de le voir débarquer dans un cours... Enfin. L'homme arrive devant la porte, frappe de trois coups secs. Le silence se fait immédiatement dans la salle de classe, et il entend distinctement la voix de l'adulte qui lui demande d'entrer.
La porte s'ouvre alors, mais il ne lâche pas la poignée. Son air neutre éternellement scotché sur son visage, il sonde la salle du regard avant de les poser sur son collègue.
« Désolé d'interrompre. Je suis venu chercher Duncan. » fait-il calmement. Le collègue fronce les sourcils mais hoche la tête ; le père laisse alors son regard passer de l'enseignant à l'élève. « Prends tes affaires. » fait-il simplement, avant de l'attendre, de s'écarter du passage et de le laisser passer...
… Et l'inonder de questions.
C'était sûr : Duncan le bavard, quand on vient le chercher au milieu d'un cours et qu'on lui signale qu'il n'y reviendra pas, est curieux et veut tout savoir. Alors seulement, un fugace instant, l'inquiétude transparaît sur son visage.
« Chh, Duncan. » fait-il en levant une main pour obtenir le silence. « Ta mère a fait un malaise et l'infirmière l'a envoyée à l'hôpital pour qu'ils l'examinent. Ton beau-père est déjà sur place. Et non, je n'en sais pas plus. Je suis venu te chercher pour t'emmener la voir avec moi. »

Court, concis, et avec un essai d'être le plus diplomate possible.
Ce qui n'est pas forcément très réussi.
En attendant, il pose une main sur l'épaule de son fils pour l'entrainer avec lui, pinçant les lèvres, conscient du malaise. En même temps, le gamin venait d'apprendre que sa mère était à l'hôpital, ce qui n'était pas forcément pour le rassurer. D'un coup de baguette, Alexandre renvoie les affaires de l'adolescent dans son dortoir, fait venir de quoi se couvrir et descend les escaliers de l'école pour sortir dans la fraîcheur de cette mi-septembre. Il finit d'attacher sa cape lorsqu'il sort dans le parc et précède Duncan jusqu'à la grille.
Une fois l'enceinte de l'école franchie, il tend son bras et attend que le jeune homme s'agrippe avant de transplaner dans un pop retentissant.
La sensation du transport s'estompe lentement lorsque ses pieds rencontrent la surface dure et froide du hall de l'hôpital Ste Mangouste. Il reste immobile une seconde ou deux avant de s'avancer vers le comptoir, et demander à la secrétaire l'étage où se trouvait son ex-femme. Si elle avait reprit connaissance, elle pourrait les informer. Sinon ils devraient voir avec Simon – ce qui n'était pas gagné – ou avec un médicomage.
Et quoi qu'il arrive, se tenir en présence de cet homme qu'ils détestaient tous les deux.
For Lou's Sake.

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MessageSujet: Re: Allô, Maman, Bobo | Duncan Mar 20 Nov - 20:18
La peur.
Pour la seconde fois dans sa vie, Duncan la vit au plus profond de sa chaire. Elle est là, prégnante, étouffante, presque suffocante. Il n'a pas besoin d'y réfléchir ou d'y penser pour sentir sa morsure lorsqu'il scrute le visage paisible de sa mère. Il préférerait lire de la colère sur son visage, croiser son regard empli de reproche, ou entendre ses cris, plutôt que d'être confronté à cette immobilité macabre. Planté dans l'embrasure de la porte, il faut que son père le pousse doucement à l'intérieur pour qu'il ose enfin pénétrer cette chambre mortuaire.
La présence de Simon, pour une fois, lui indiffère entièrement.
Sans le voir, sans le remarquer, il s'avance jusqu'au lit de sa mère, la gorge sèche.

Cette journée allait de mal en pis depuis son réveil, pas de doute.
Alors qu'il s'était levé de bonne humeur, le premier cours de la journée, avec son beau-père, avait chassé le sourire joyeux du visage de l'adolescent qui, comme d'habitude, avait trouvé moyen de faire l'imbécile au cours de potions. Au bout d'une demi-heure de cours, il avait déjà éclaboussé la plupart de ses camarades d'une étrange substance vaseuse concoctée dans son chaudron, et un quart d'heure après, Simon se retrouvait confronté à une classe d'élèves en panique à cause des effets plus ou moins désirés de l'expérimentation de Duncan. Comprenant que son beau-fils avait encore joué les saboteurs, il lui mit une retenue, et dû mettre un terme à son cours pour réparer les bêtises du jeune MacFusty. À ceci s'était suivi un cours d'Études des Moldus où Duncan décida d'amener son fléreur, malgré l'interdiction formelle de sa mère à ce sujet. Et de nouveau, l'adolescent s'était opposé à sa mère, et avait fini avec une retenue et une punition qui parvinrent enfin à le tenir tranquille.
Le reste de la journée ne fut pas marqué par le moindre remous et malgré son humeur désormais morose, Duncan avait espéré que les cours de l'après-midi lui remonteraient le moral. Sauf qu'il fallut qu'un nouvel incident vienne briser le fil de sa journée. Il prenait soigneusement des notes quand les coups à la porte lui firent lever le nez, à l'instar de ses camarades, pour voir un visage plus que familier apparaître. Surpris que son père vienne le tirer de cours ainsi, il devina toutefois vite que cette interruption devait être causée par un événement sinon grave, tout du moins assez sérieux pour passer avant les études de l'adolescent, et faire aussitôt appel à sa curiosité.

À peine passa-t-il le pas de la porte qu'il bombarda son père de questions, pour savoir le pourquoi du comment, imaginant une seconde qu'il venait le voir pour l'emmener devant la directrice, et parler avec lui de ses problèmes de discipline en cours. Quelle ne fut pas sa surprise quand Alexandre coupa court à toutes ses interrogations.

Sa surprise et sa peur.

On n'envoie pas un sorcier à Ste Mangouste pour une vulgaire chute de tension. Si l'infirmière estimait que le cas était suffisamment grave pour envoyer Lou à l'hôpital, ça signifiait qu'il était légitime pour le jeune rouge et or de s'inquiéter. Il s'était alors muré dans le silence, suivant docilement son père jusqu'à arriver dans cette chambre aux murs blancs, jusqu'au chevet de sa mère endormie ou inconsciente, il ne préfère pas savoir.
« On sait ce qu'elle a? » interroge-t-il enfin, rompant le silence sans lever les yeux. La question s'adresse bien évidemment à Simon, présent depuis plus longtemps, mais il ne se sent pas le courage de porter le regard sur le mari de sa mère. « Elle va se réveiller, hein? » insiste-t-il finalement, l'angoisse transparaissant dans sa voix sans qu'il ne la maîtrise.
Il lève alors un regard suppliant sur son beau-père, puis sur son père, cherchant chez l'un des adultes le réconfort et l'optimisme qu'il ne parvient pas à trouver en lui pour l'instant.

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MessageSujet: Re: Allô, Maman, Bobo | Duncan Jeu 22 Nov - 14:13
C'est avec ce calme terrifiant qu'Alexandre suit les indications données à l'accueil de l'hôpital pour se diriger vers la chambre où Leelou était sensée se reposer... Et être surveillée. Il marche plus vite qu'il ne devrait, et c'est précisément ce qui trahit l'inquiétude prégnante qui commence à le hanter.
Le silence de Duncan est incroyablement éloquent, et il se refuse à le briser autrement que par quelques paroles réconfortantes qui, de toute façon, ne viennent pas. Et puis, comment pourrait-il le rassurer s'il n'y croyait pas lui-même ? Ah, Alexandre, un jour, ton pessimisme te perdra ! Es-tu donc incapable de voir le verre à moitié plein ?
Très sincèrement, dans ce genre de circonstances, oui. Il avait beau se dire que Lou était une femme forte, en bonne santé, qui avait survécu à trois accouchements plus ou moins difficiles dans des conditions plus ou moins optimales – avouez qu'accoucher dans un château d'Écosse, ce n'était pas comme accoucher dans un hôpital – et qu'elle en avait vues d'autres, rien ne parvenait à faire taire cette inquiétude irrationnelle qui l'étreignait.
Pas même son éternel pragmatisme. C'est dire !
Arrivé à la chambre indiqué, il frappe à la porte, avant de l'entrebailler... Et de l'ouvrir entièrement en constatant que c'était bien là. Ses yeux se posent immédiatement sur la silhouette allongée dans le lit, notant la pâleur de son teint, mais aussi le rythme paisible avec lequel sa poitrine se soulevait puis s'abaissait. Silencieux, il pousse d'un geste doux son fils à l'intérieur de cette chambre à l'atmosphère lugubre. Il préfère toutefois rester légèrement en retrait, sans se placer près du lit. C'était la place de l'époux, et non plus la sienne ; si la présence de Duncan y était légitime, il estimait que la sienne devait être déjà bien assez pénible comme cela.
Pourtant, aucun signe de haine de la part des deux professeurs, comme si la gravité de la situation avait balayé toute l'animosité qu'ils avaient l'un envers l'autre. L'instant était trop grave pour ce genre de considérations.

C'est la voix de l'adolescent qui rompra le silence, posant la question qui brûlait les lèvres de son père. Simon déglutit, silencieux, comme réfléchissant à la réponse à formuler, mais sans doute est-il trop long puisque voici qu'une seconde question s'enchaîne.
L'angoisse.
Alexandre ne saurait même pas expliquer combien entendre la peur teinter la voix de son fils pouvait le toucher. Lui même terrifier à l'idée de ce qui les attendait dans les prochains jours se sentait en plus démuni face à la détresse de la chair de sa chair, qu'il ne pouvait rassurer... Et pour qui il ne pouvait rien au final. Il ne pouvait pas l'empêcher d'avoir peur, et il ne pouvait pas guérir Lou pour permettre de balayer toute cette crainte qui pesait sur les trois paires d'épaules.
Impuissant. Ça aussi, c'était un sentiment terrible en pareille situation.
Son regard croise celui de Duncan, et il reste impassible, ouvrant les lèvres dans le but de formuler une réponse que Simon ne semblait pas en mesure de donner. Il a besoin de réconfort, de pouvoir se raccrocher à quelque chose qui lui permette d'espérer, c'est un constat qui suinte de ses paroles.
Elle va se réveiller, hein?

« … J'espère, bonhomme. J'espère. » souffle-t-il, la voix soudainement rauque, incapable de donner une réponse plus positive que cela.
Mais heureusement – ou pas – pour lui, une médicomage arrive à la rescousse. En effet, la porte s'ouvre de nouveau, et la robe verte, marquée à la poitrine d'un os et d'une baguette magique croisées, attire immédiatement le regard. Alexandre, toujours debout, salue la jeune femme d'un signe de tête, lui serrant la main lorsqu'elle la lui tend, ainsi qu'à Duncan – elle avait vraisemblablement déjà vu l'époux auparavant.

« Mr Summerton, j'ai ici les résultats des analyses et...
- Elle va s'en sortir alors? » Pour la première fois depuis leur arrivée, la voix du professeur de potions se fait entendre, trahissant sa nervosité vis à vis de la situation. Les yeux bleus de l'écossais scrutent, sans qu'il ne pipe mot, le visage de la professionnelle de santé, et il comprend avant même qu'elle ne réponde que les nouvelles étaient loin d'être bonnes. Son visage, déjà blême, devient complètement exangue, lui donnant un air incroyablement maladif, lorsqu'il entend les paroles de la guérisseuse.
« Je ne suis pas en mesure de l'affirmer. Mrs Donoghue est atteinte d'une maladie rare, provoquée par un disfonctionnement de sa magie qui la dévore de l'intérieur. Ce n'est pas contagieux mais c'est mortel dans neuf cas sur dix. » Le silence qui suit est horriblement pesant. Alexandre se rend brusquement compte qu'il avait cessé de respirer, et que son coeur bat plus vite que de coutume. La tête lui tourne légèrement, mais il ne dit rien, se contentant de contourner le lit pour être près de son fils qui, dans l'immédiat, était celui qui avait le plus besoin de son soutien.
Mortel.
Neuf cas sur dix.
« Nous ne sommes pas certains qu'elle soit en mesure de reprendre connaissance, mais si cela devait arriver, nous vous demandons de vous montrer très prudent. Ces disfonctionnements magiques peuvent se montrer dangereux pour l'entourage. » La jeune femme, sans doute fraîchement diplômée, laisse son regard aller de Duncan à l'époux, puis de l'époux à Alexandre, avant de reporter son attention sur l'adolescent, sans trop savoir à qui s'adresser le plus directement. « Il arrive que certains patients réussissent à combattre cette maladie et à en guérir, mais je ne vous cache pas que c'est extrêmement rare. »

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MessageSujet: Re: Allô, Maman, Bobo | Duncan Mer 2 Jan - 23:23
Irrationnellement, l'entrée de la médicomage apaisa presque immédiatement Duncan. Tout comme les bras de sa mère le rassurait lorsqu'il était malheureux, tout comme d'un mot Alexandre pouvait chasser la moindre de ses craintes, la professionnelle de sa santé, par sa présence, donnait à l'adolescent l'impression que les choses étaient prises en main et que, quoi qu'il arrive, on s'occuperait de sa mère et on la guérirait. Une illusion chassée par les paroles qui répondent à la question de Simon.
Dysfonctionnement de sa magie ?
Mortel ?

Mortel ?
Non.
Neuf cas sur dix.
Donc il y avait une chance. Une petite chance.
Une chance suffisante.
Duncan s'accrocha à cette idée, détournant ses yeux clairs de la médicomage pour les poser sur sa mère dont il attrapa la main inerte. Une main chaude. La main d'une femme en vie, de sa mère, qui ne pouvait pas l'abandonner. Elle ne l'avait jamais abandonné, pas même en se remariant, pas même en ayant d'autres enfants ; ce n'était pas maintenant que cela arriverait.
Certains patients arrivent à combattre la maladie et à en guérir.
Exactement ce qu'il voulait entendre. La fin de la phrase ne perça pas les barrières érigées par l'adolescent pour se protéger. Elle pouvait se battre, elle pouvait, n'importe quand, chasser le mal et se redresser, sur son lit, le prendre de nouveau entre ses bras et lui prononcer des paroles aimantes et rassurantes.

« Maman, tu m'entends, hein ? Tu entends tout, même. Il paraît on entend les gens dans l'inconscience, » ajoute-t-il en cherchant confirmation dans l'un des trois regards adultes, avant de reporter son attention sur sa mère. « Alors tu te battras. T'es plus forte que les autres, et puis tu nous laisserais jamais seuls, Aislin, Orion et moi. Surtout eux, ils vont être... juste avec Simon. Ce sera horrible pour eux. Tu peux pas les faire pas avoir de mère. »
Devrait-il se sentir idiot de parler ainsi à la seule personne incapable de lui répondre ? Peut-être, sans doute même, mais il s'en moque bien. Lui parler, lui rappeler qu'elle avait des responsabilités et surtout, des gens qui l'aiment, lui semblait plus important que de resté planté, comme un piquet, à côté du lit.
Non, Alexandre n'était pas le seul à insupporter l'impuissance. Là encore, l'on pouvait retrouver un trait de caractère commun entre le père et le fils. Toutefois, plutôt que d'accepter la fatalité ou d'essayer de se faire une raison, Duncan se barricadait derrière des actions dont le seul but était de le rassurer. Après tout, il ne pouvait plus s'en remettre qu'à lui-même. Hormis sa présence, Alexandre n'était guère en mesure d'apporter davantage de soutien à son enfant. Simon ? Il était aussi ébranlé que les deux MacFusty.
Et la dernière personne apte à le faire se sentir en sécurité était allongée, là, incapable de le prendre dans ses bras pour le bercer et lui répéter que tout irait bien. L'inquiétude l'étreignit davantage encore à cette pensée. Il resserra sa prise autour des doigts de sa mère, les desserra presque aussitôt de peur de lui faire mal. Mais ressentait-elle seulement la douleur ?

Duncan poussa un soupir en fixant ce visage résolument inexpressif, conscient tant de l'espoir qu'il avait de le voir s'animer à tout moment que de sa futilité. Il se gratta l'arrière du crâne, la mine préoccupé. Pour une fois, il avait perdu sa langue. De l'autre côté du lit, Simon s'était lui aussi rapproché du lit, ce que Duncan ne remarqua que là, en même temps qu'il remarqua que la médicomage était sortie. Replié sur lui-même, il n'avait rien entendu, pas plus qu'il ne l'avait vue sortir de la pièce pour laisser les trois hommes encaisser la nouvelle.
Pas de traitement, juste l'attente inactive.

Agacé par son inutilité, Duncan se détourna finalement et sortit de la chambre devenue trop petite à son goût. Il y était oppressé. Alexandre suivit-il ? L'adolescent ne s'en rendit pas compte. Il n'y prêta pas attention. Il s'en fichait. Il voulait juste ne plus avoir l'image de sa mère inconsciente sous les yeux, et ses pas le menèrent jusqu'à la cafétéria où il trouva une chaise sur laquelle se laisser tomber et ruminer.

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MessageSujet: Re: Allô, Maman, Bobo | Duncan Sam 5 Jan - 16:06
Neuf sur dix.
Alexandre retient une grimace d'extrême justesse alors que son coeur lui semble s'arrêter quelques instants. Il voit à peine Duncan se déplacer, le visage exangue, les pensées se succédant les unes aux autres avec une vitesse rare. Peu de chances et, si solide et battante soit-elle, Lou ne s'en sortirait probablement pas. L'idée en soit lui paraissait horriblement insupportable, mais le lot de conséquences qu'il prédisait malgré lui ne lui disait rien qui vaille non plus. C'est alors que ses deux billes bleues se posent sur la silhouette frêle de l'adolescent, que ses oreilles perçoivent le son grave de la voix de ce dernier.
Et son coeur d'achever de se fendre à l'écoute des quelques mots d'enfants qui s'échappent.
Oh, wee boy...
Il tente un sourire pour rassurer son fils à la question posée mais, face à son incapacité notoire à exécuter un tel geste, se contente de hocher lentement la tête. Et il le laisse poursuivre, fronçant les sourcils à cette naïveté de jeune âme, alors que même en cet instant il reste pragmatique et opposé à Simon. Lequel ne relève pas, pinçant douloureusement les lèvres en s'apparant de la main de sa femme.

Un peu à l'écart, Alexandre se contente de sonder, sans un mot, le visage paisible qu'il avait tant de fois, par le passé, contemplé dans son sommeil. Une belle femme, pleine d'amour et de caractère, qui aura semé tant de bonheur que de trouble autour d'elle. Qui marquait les esprits, qui savait se faire indispensable.
Putain...
Il avait l'impression d'assister à une veillée funèbre.
La pensée traverse à peine son esprit que le mouvement de son fils attire son attention. Il le voit qui s'échappe et ses lèvres se serrent un peu plus, tout comme ses poings. L'impuissance, l'inactivité, la douleur, le pessisme, autant de choses qui se bousculent en lui et l'empêche de raisonner. Il ne voit que Lou, cette chère Lou, faible, seule face à une adversité où aucun compagnon ne pourrait l'épauler.
« Na fhàg sin sinn. » souffle-t-il calmement en prenant brièvement la main de son ex-épouse, la serrant sans doute plus qu'il ne l'aurait voulu. «Do mac sin. » ajoute-t-il juste avant que sa voix ne se brise. Il secoue la tête, lâche la main d'albâtre, salue brièvement Simon, dans un silence toujours religieux, et s'échappe de cette pièce oppressante.

Il retrouve l'air, mais le sentiment de malaise ne se dissipe pas. Il secoue la tête, une fois encore, et suit la seule route que Duncan a pu emprunter, en toute logique. Logique qui ne le trompe pas davantage que son instinct, puisqu'il le retrouve assis à une table de la cafétéria. Il le contourne, va se chercher un café, revient avec une tasse de breuvage noir fumant et une autre, de chocolat chaud, qu'il pose devant son bonhomme, avant de se laisser tomber face à lui.
Silencieux. Toujours. Et surtout : impassible. Seul son visage, blême, pouvait à la rigueur trahir son inquiétude, mais rien de plus. Il restait l'homme solide, prêt à épauler son fils dans cette épreuve, à encaisser un maximum si cela pouvait permettre à la chair de sa chair d'être préservé, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

Il boit son café, simplement, attend de voir la machine Duncan se remettre en route. Ce qui ne tarde pas. Les lèvres encore pleines de chocolat, le voici qui retombe dans ses vieilles habitudes, et le flot de paroles le submerge, jusqu'à le recouvrir entièrement d'une vague de mots si savoureuse, si rassurante.
Rassurante...
Et angoissante à la fois. Car par là, le jeune garçon lui prouvait tout son optimisme. Optimisme qu'il tenait sans doute de sa mère...
Et qui pourrait le conduire à sa perte.
Alexandre n'ose toutefois pas ramener l'enfant sur terre, sachant que cela ne ferait que l'enfoncer à l'heure actuelle. Alors il se contente, comme d'usage, de l'écouter, et lorsque les breuvages seront absorbés, lui tendra le bras pour le raccompagner à l'école. Loin de toute cette agitation.
Loin de toute cette mort.

- RP CLOS -


[hrp : utilisation approximative du Gaélique Écossais à l'aide de dictionnaires. Résultat non garanti.]

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